Fuzz extrême, avec un dosage possible de l’effet octaveur
De la fuzz pure et dure plus ou moins mélangée au signal de fréquence double (octave), un filtre pour étouffer les aigus ou les amplifier, et la possibilité d’ajouter un écrêtage si ça ne suffit pas !
Le schéma d’origine
Le principe d’un « octaver » est de doubler la fréquence du signal. L’octave d’une note correspond à la note dont la fréquence est double. Habituellement, on le fait par un redressement double alternance à l’aide de diodes. L’originalité ici, c’est que le signal traverse un circuit logique, plus précisément des portes « ou exclusif » (Ex-Or en anglais).
Mais… qu’est-ce que c’est que ce circuit logique dans un schéma audio ??
Le 4070 est un circuit intégré contenant quatre portes logiques « ou exclusif » (Exor ou Xor)
Sa table de vérité indique l’état de sa sortie en fonction de ses entrées. le 0 logique correspond idéalement au potentiel de la masse, et le 1 logique à la tension d’alimentation du circuit.
Fonctionnement
Le signal de la guitare est d’abord traité par un étage à transistor qui l’amplifie fortement (une quarantaine de décibels en théorie !). On obtient donc un signal pratiquement carré.
Le deuxième étage sert à la mise en forme du signal amplifié. Il est constitué par la porte logique XOR1, qui se comporte ici comme un simple tampon (buffer). Il permet d’obtenir des fronts parfaitement nets, donc des transitions plus rapides. De plus, il cale le niveau de sortie de manière binaire : soit à zéro, soit à 9v.
La deuxième porte « ou exclusif » reçoit le signal carré sur l’une de ses entrées, et, sur son autre entrée, ce même signal retardé par le filtre RC 100kΩ-2nF .
Or, une porte « ou exclusif » sort un niveau 1 si et seulement si ses 2 entrées sont différentes (voir table de vérité), ce qui arrive au moment du front montant et du front descendant, c’est-à-dire 2 fois par période du signal. La sortie est donc à l’image de la première entrée deux fois par période. On a donc bien doublé la fréquence du signal.
Le potentiomètre de 10kΩ permet de doser le taux de signal d’entrée de Xor2 (signal guitare) et de sortie (octave du signal). On a ensuite un filtrage, qui consiste simplement à étouffer plus ou moins les aigus selon la position du curseur du potentiomètre de 50kΩ. Le dernier étage produit un écrêtage abrupt (« clipping ») par les diodes montées « tête-bêche » comme il est classique sur beaucoup de pédales de distorsion.
Modifications, schéma définitif
L’écrêtage final étant trop brutal à mon goût, j’ai prévu la possibilité de le couper ou non par un simple interrupteur. Après essais, j’ai ensuite ajouté une deuxième diode dans chaque branche pour avoir un clipping plus progressif, et surtout un changement de niveau de sortie moins brutal. J’aurais pu aussi remplacer les diodes silicium (seuil 0,7v) par des LEDs (seuil 1,9v à 2,1v). essayez, vous me direz si c’est mieux !
Première étape :
Dessiner le plan du circuit imprimé
le plan d’implantation des composants et le typons du circuit, côté cuivre.
Deuxième étape :
Fabriquer les circuits imprimés
(voir mon article sur le processus de fabrication de mes circuits imprimés de manière très artisanale, à faible coût mais très efficace !)
Imprimer le typon sur un transparent, insoler, révéler, graver, percer.
Troisième étape :
Réaliser le boîtier
Le masque est imprimé sur une feuille de transparent auto-collant. Le collage nécessite un peu de soin pour bien positionner la feuille et chasser les bulles vers l’extérieur.
Le perçage se fait ensuite aux emplacements marqués d’une croix. On procède progressivement. D’abord un centrage de tous les trous avec le foret Ø3, qui correspond à la LED. On agrandit ensuite le trou de passage de l’interrupteur à Ø6 mm, puis tous les autres trous à Ø7, diamètre des potentiomètres. Enfin, on passe aux diamètres définitifs :
– Ø 9 pour les 2 jacks d’entrée et sortie.
– Ø 12 pour le connecteur d’alimentation et le commutateur au pied.
Quatrième étape :
Souder les composants, les câbles ; mettre en boîtier
Dernière étape :
Tester le fonctionnement
Comme prévu, le son est bien crasseux, et il y a de la pêche. Pas besoin de mettre le volume à fond !
- le bouton « filtre » laisse passer tout le signal quand il est à zéro. Il coupe progressivement les aigus au fur et à mesure de sa course, à condition de choisir un modèle à courbe logarithmique, ce qui n’était pas le cas sur la vidéo.
- le bouton « octave » à zéro ne laisse passer que le signal avant le doublage de fréquence, tel que sorti de la première partie du montage. à son maximum, il ne laisse passer que le signal à l’octave. Entre les deux, on a un mix des deux signaux.
- le bouton « clip » met en fonction le réseau de diodes, ce qui apporte un écrêtage qui s’ajoute à la distorsion déjà bien présente.
Un aperçu sur ces vidéos, réalisées en branchant la pédale entre ma guitare « Telecaster Gold » et mon ampli « Raptag Campus«
À noter : j’ai fait les vidéos avant de remplacer le potentiomètre de filtre linéaire par un logarithmique, donnant une meilleure progressivité au réglage.
Conclusion
Vous voulez vous lancer dans la fabrication de cette pédale d’effet ? N’hésitez pas à me poser vos questions ou vos remarques en commentaire !


